Marie

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Chapitre : 1

– Monsieur ? Est-ce que je pourrais vous parler ce soir, après la classe, en particulier ?

Qu’est-ce qu’elle voulait encore, cette petite bécasse ? C’était le jour de la rentrée, et ça recommençait déjà.

– Oui, bien sûr !

Sébastien se sentait d’une humeur lugubre. Au moment où elle débutait, il se demandait s’il aurait le courage de terminer l’année scolaire.

Pourtant, la vie était tranquille à Saint-Bayafe-les-Cassines. II y avait le calme, la verdure, la bonne chère et de sympathiques paysans… Bien trop aimables, oui !… La télévision n’avait pas encore atteint le prestige de l’instituteur, dans cette campagne à demi-désertée…

Et l’an dernier, lorsque Sébastien avait accepté ce poste pour tenter d’oublier Sylvie, il était loin de se douter des pièges de cette campagne bucolique. Les premières semaines, il n’avait pas mangé une seule fois chez lui.

Bien entendu, les paysans voulaient savoir à qui ils confiaient l’éducation de leurs enfants, cela n’avait pas étonné le jeune instituteur. Et lorsqu’après le copieux repas du dimanche, son hôte lui suggérait d’aller faire une promenade digestive avec la fille aînée de la maison, il avait d’abord pris cela pour une marque de confiance.

Ce ne fut qu’après quelques dimanches qu’il comprit la signification de certains sous-entendus, d’ailleurs de plus en plus clairs. Au moment de l’inévitable promenade avec la fille à marier, le maître des lieux semblait dire : ” Je sais bien que vous avez refusé la fille de Gaston, mais je suis sûr que ma fille vous plaira, que vous l’épouserez et qu’elle vous donnera de magnifiques garçons…”

Et chaque dimanche soir, lorsqu’il ramenait chez elle la drôlesse avec laquelle il venait de passer quelques heures mortellement ennuyeuses, le paysan était vexé, même s’il tentait de le cacher, que Monsieur l’Instituteur n’ait pas sauté sa fille !

Mais Sébastien n’avait vraiment aucune intention de se marier! Il avait donc terminé stoïquement la tournée des parents de ses élèves, afin de ne pas faire de jaloux, et il s’était méfié comme de la peste des agissements de leurs filles…

Cela n’avait pas toujours été facile car, durant ces après-midi de dimanche, plusieurs d’entre elles s’étaient offertes à lui, d’une façon plus ou moins provocante, et il avait eu besoin de tout son sang-froid pour ne pas les culbuter dans le sentier creux toujours proche…

Son seul véritable regret, au cours de cette découverte du monde paysan, avait été la certitude que certaines des filles qu’il avait refusées s’étaient fait gronder et peut-être battre pour leur échec si elles s’étaient montrées hardies, ou pour leur timidité si elles avaient gardé quelques réserves lors de cette promenade fatidique…

Sébastien était né à la ville et n’éprouvait aucune attirance particulière pour la campagne ; aucune répulsion non plus, d’ailleurs. Il voulait seulement oublier Sylvie et il ne savait pas encore s’il accepterait de faire sa vie à Saint-Bayafe. Mais il n’ignorait pas que, s’il s’y décidait, il serait condamné à épouser une payse dans un avenir proche : il y avait échappé l’an dernier et, durant cette année qui commençait, les paysans le prendraient pour un prétentieux, une baudruche, voire un homosexuel, s’il ne se mariait pas, et la vie deviendrait insupportable s’il refusait de s’intégrer.

D’un autre côté, plusieurs de ses élèves féminines parmi les plus âgées possédaient un physique fort agréable, et un esprit malicieux et vif. Comme Madeleine, par exemple, ou cette Marie qui venait de lui demander si elle pouvait lui parler ce soir, après la classe…

Mais les réticences de Sébastien venaient de l’étonnement qu’il avait ressenti à voir les paysans lui jeter leurs filles dans les bras, comme l’on propose du bétail. Et puis aussi, et surtout, Sylvie l’avait dégoûté des femmes pour quelque temps encore. Sylvie qui était prodigieusement belle et intelligente, orgueilleuse et sophistiquée, mais surtout exigeante et horriblement capricieuse…

Moins d’un mois avant la date prévue pour leur mariage, elle s’était enfuie avec un autre homme. Elle avait agi par caprice et méchanceté, car elle était revenue trois jours plus tard et s’était étonnée de l’accueil glacial de son fiancé. La dispute explosa et le mariage fut annulé.

Pendant plus d’un an, ils ne se revirent plus et Sébastien n’entendit parler d’elle que par l’intermédiaire d’amis communs. Puis vinrent les grandes vacances. Ils se rencontrèrent par hasard et se tombèrent dans les bras. Ils vécurent ensemble pendant une semaine durant laquelle Sylvie se montra douce, aimable…

La garce !

 

 

À la fin de la classe, Sébastien se faisait toujours une tasse de thé. C’était même la seule tâche ménagère qu’il ne confiait pas à la mère Gabion.

Il emmena donc Marie dans sa cuisine. La plupart de ses élèves rentraient chez lui de temps en temps, selon les circonstances : Sébastien n’avait rien d’autre à cacher que son amour tragique avec Sylvie, et faire entrer Marie dans sa cuisine ne le compromettait en rien.

– Je t’écoute, dit-il en versant le thé dans la théière avec le soin qu’apporte un alchimiste au Grandouvre.

– B’en, voilà… Je ne sais pas trop par où commencer, voyez-vous… C’est bien délicat, je… Vous connaissez l’anglais, hein, Monsieur Sébastien ?

– Oui, et alors ?…

Marie enroulait son doigt dans son tablier d’écolière. Elle était charmante lorsqu’elle rougissait un peu, à ce moment-là. Et son sarrau cachait bien mal la silhouette harmonieuse d’un corps déjà épanoui.

– B’en voilà… Est-ce que vous pourriez me l’apprendre ? Elle posait cette question comme si elle se jetait à l’eau. Je veux dire : est-ce que vous pourriez me donner quelques leçons… simplement pour que je puisse me débrouiller ?

– Pourquoi ne demandes-tu pas à ton père de t’envoyer au lycée, en ville ? Tu es douée, tu pourrais passer ton bac, je suis sûr Si tu veux, j’insisterai auprès de ton père

– Y voudra jamais ! s’écria Marie avec un sanglot dans la voix. Et puis, même si j’allais au lycée, ce serait trop long… J’ai besoin de savoir parler anglais le plus vite possible !

C’était un véritable cri de détresse. Et Sébastien fut tellement touché par tout le désespoir contenu dans les yeux de Marie qu’il versa la moitié de l’eau bouillante à côté de la théière.

Vous en faites tomber, dit la gamine d’une voix indifférente.

Puis, comme son instituteur demeurait béat, sa casserole à la main, elle expliqua

– Voilà… Pendant les vacances, il y a des anglais qui sont venus camper au Vieux Moulin… Peter, il s’appelle… Je veux aller le rejoindre !

Elle avait lancé cette dernière phrase avec une détermination étonnante.

– Vous n’en parlerez pas, hein ?..

Un peu tard, elle s’apercevait qu’elle s’était peut-être confiée trop vite et que Monsieur Sébastien n’accepterait pas nécessairement de devenir complice…

Mais Sébastien savait être ému par les histoires d’amour: après avoir assuré Marie de sa discrétion, il l’interrogea en détail sur cette aventure de vacances et les projets qu’elle avait formés. Il en résulta que la jeune campagnarde s’était fait dépuceler par un Britannique à peine plus vieux qu’elle et que celui-ci, à l’aide des quelques rudiments de français qu’il connaissait, lui avait promis son amour éternel et l’avait invitée à s’enfuir pour le rejoindre en Angleterre où, bien évidemment, il l’épouserait…

À l’appui de ses dires, Marie montra fièrement à Sébastien une lettre de plusieurs pages, rédigée dans un franglais assez incohérent, mais qui prouvait du moins que le suborneur se souvenait encore de sa jeune conquête quelques jours après être revenu dans son île natale.

– Avant de t’embarquer, conseilla l’instituteur, il faudrait t’assurer qu’il t’est toujours fidèle, et qu’il est prêt à prendre ses responsabilités…

Marie devint écarlate.

– II faut que je le rejoigne… Il le faut, vous comprenez !… Je ne suis pas encore certaine, mais je crois bien que je suis grosse !…

Sébastien demanda une journée de réflexion. Marie s’était mise dans un très mauvais cas. Il désirait l’aider, mais il devait agir avec prudence et circonspection ; s’il ne voulait pas trahir son élève ni s’attirer des ennuis pour lui-même, il devait examiner soigneusement tous les danger et tous les risques.

– Laisse-moi cette lettre… Je vais tâcher de la déchiffrer complètement Et reviens me voir demain soir: je te dirai alors ce que je peux faire pour toi…

– Je vous en supplie, Monsieur Sébastien… Faites quelque chose !._ Vous êtes mon seul espoir ! Je ferai ce que vous voudrez, mais aidez-moi… je vous en conjure !… Ce que vous voudrez…

Aussitôt que Marie fut partie, Sébastien commença à traduire la lettre de Peter. Il en apprit ainsi plus que ce que son élève avait jugé utile de lui confier. Le garçon paraissait sincère et parlait effectivement de faire venir Marie en Angleterre et de l’épouser. Il prétendait même que ses parents étaient tout à fait d’accord.

Une phrase, cependant, surprit beaucoup l’instituteur: Peter disait que son seul regret était que Marie n’ayant pas été éduquée selon les principes britanniques, elle aurait quelques difficultés pour s’adapter à la discipline domestique…

Evidemment, Sébastien comprenait parfaitement ce que cela sous-entendait, mais, sur le moment, il s’étonna de ce que Marie, dans les quelques restrictions qu’elle avait faites au sujet de son émigration, n’ait fait aucune allusion à ces châtiments corporels dont Peter avait sans doute dû lui parler, s’il était aussi franc et honnête envers elle que sa lettre le laissait supposer.

Si elle n’était pas au courant du fait que son fiancé trouverait légitime de lui cravacher le bas du dos lorsqu’elle lui aurait déplu, il était du devoir de Sébastien de l’en avertir. Mais si Marie savait déjà ce qui l’attendait, fallait-il admettre qu’elle acceptait cette perspective sans rechigner ?

Si elle en était avertie et que cela lui eût semblé choquant, elle le lui aurait dit… Ne lui avait-elle pas raconté pratiquement dans quel fourré et dans quelle position Peter l’avait culbutée ?

En tout cas, ce détail apportait une nouvelle dimension au problème, une dimension qui s’ouvrait, pour Sébastien, des horizons sans bornes…

Le lendemain soir donc, après la classe, en prenant son thé, il traduisit de nouveau pour Marie la lettre de son galant. Elle l’écouta avec attention, assise auprès de lui, buvant ses paroles comme si sa vie en dépendait.

– Il semble convaincu de ce qu’il dit, conclut Sébastien. Et tu t’entendais bien avec ses parents ?

– Oh, oui !… Avec sa mère, surtout… Elle m’a appris à faire le pudding. C’est même l’excuse que j’ai donnée à mes parents quand je venais voir Peter… Ses parents à lui, ils savaient bien qu’on couchait ensemble, et sa mère, elle m’a fait comprendre plusieurs fois qu’elle serait contente que je me marie avec Peter…

– Mais alors, pourquoi ne leur as-tu pas demandé d’aller parler à tes parents ?

– À cause de mon père… Déjà, il voyait mal que j’aille voir… Les Anglais, c’est nos ennemis héréditaires, qu’il dit, et puis qu’ils nous ont toujours roulés… enfin, des histoires de vieux, vous voyez ?

– Je vois, répondit Sébastien d’une voix songeuse. Il y a autre chose, aussi : comprends-tu que ton Peter est un fervent partisan de la discipline domestique ?

Marie devint écarlate. Les yeux baissés, suivant distraitement du doigt les dessins de la toile cirée, elle avala péniblement sa salive.

– Oui… je sais… reconnut-elle d’une voix presque inaudible. Mais cela ne change rien… Je l’aime !

Cet aveu forcené constituait pour elle la plus inébranlable justification. Et, avant que Sébastien eût choisi la manière d’exprimer ce qu’il voulait lui dire, la jeune campagnarde essaya de minimiser l’importance de ce point délicat.

– Et puis, vous savez… dit-elle avec une belle conviction, les taloches, j’y suis habituée depuis longtemps avec mon père ! Alors, avec Peter, ça ne pourra jamais être pire, et puis je serai si gentille avec lui qu’il n’aura aucune raison de me battre…

– Je constate, en effet, que tu prends là une sage résolution, reconnut volontiers l’instituteur. Mais est-ce que tu te rends bien compte de la différence qu’il peut y avoir entre une gifle ou deux venant de tes parents lorsqu’ils sont en colère et une dizaine de coups de cane données froidement et à nu, sur tes parties arrières ?

Marie eut l’air vraiment embarrassé. Il lui aurait été fort difficile de devenir plus rouge, mais maintenant, sa gêne provenait moins de l’aspect scabreux du sujet abordé que du fait qu’elle ne savait effectivement pas comment répondre à cette question.

– Bien… C’est-à-dire que je ne sais pas ce que c’est qu’une canne… Enfin le genre de canne dont vous voulez parler… Mais un jour que j’avais interrogé Peter Sur ce point, il est allé cherché sa sueur qui a un an de moins que lui, et il lui a dit de se déculotter devant moi : j’ai vu qu’elle portait trois ou quatre lignes rouges entrecroisées, légèrement boursouflées, en travers des…

Marie s’arrêta brusquement comme si elle comprenait soudain que Sébastien, pour être instituteur, n’en était pas moins homme, et qu’elle était en train de lui raconter des jeux que les adultes avaient l’habitude de réprouver.

– Ce n’est pas une canne, mais une ..cane “; se mit-il donc à expliquer afin de venir en aide à son élève. Et cela ressemble tout-à-fait à la canne de bambou de Charlot. Tu peux être certaine que cela cingle très durement et peut laisser des marques pendant plusieurs jours…

– Tant que cela ? demanda Marie, tandis qu’une angoisse évidente traversait son regard. Puis elle se reprit et revint à ce qui lui semblait l’essentiel. Est-ce que vous avez l’intention de m’aider ?

Sébastien s’éclaircit la gorge.

– À certaines conditions seulement ! Je veux bien t’apprendre l’anglais, évidemment. Mais dans cette situation délicate, il me semble surtout urgent que tu ailles voir une gynécologue ; puis il faudra ensuite prévenir Peter et ses parents de ton éventuelle grossesse… J’accepte de t’emmener en ville chez une doctoresse, en trouvant une excuse pour tes parents, si besoin est. Je peux aussi écrire pour toi en Angleterre, et, après tout cela, mais le plus vite possible, essayer de t’aider à convaincre tes parents… Je veux bien te servir d’intermédiaire, mais j’y mets des conditions impératives…

Au fur et à mesure que Sébastien exposait ses projets, les yeux de Marie s’éclaircissaient de gratitude. Elle était toute prête à lui sauter au cou.

– Je ferai tout ce que vous voudrez, Monsieur. Demandez-moi et j’obéirai aussitôt ! Vous me sauvez la vie…

– Allons, allons ! Pas d’enthousiasme excessif !

Sébastien, en vérité, était extrêmement satisfait de la réponse de Marie, encore qu’il se méfiât un peu des élans par trop généreux. Il préférait obtenir une soumission progressive qui pourrait durer et s’étendre fort loin, plutôt qu’une reddition brutale sur laquelle Marie chercherait à revenir au bout de quelque temps.

– Voilà : la condition principale est que tu sois bien certaine de tes sentiments et de tes intentions à l’égard de Peter. Et pour me prouver cela, il faut que tu te montres une élève appliquée, travailleuse et docile. L’ardeur que tu mettras à apprendre l’anglais me prouvera que tu aimes vraiment ce garçon et veux sincèrement l’épouser… D’un autre côté, surtout durant les quelques semaines qui vont suivre, tu devras faire exactement ce que je te dirai et ne jamais en parler à personne. À personne, tu entends ?

Marie fit un signe de tête pour signifier qu’elle comprenait bien la nécessité de cette discrétion.

– Puisque tu t’es confiée à moi, poursuivit Sébastien, c’est que tu me fais confiance. J’accepte de te préparer pleinement à ta nouvelle vie. Tu devras continuer à me faire totalement confiance, même lorsque j’aurai dû me montrer un peu vif envers toi… Par exemple, puisque Peter semble regretter que tu n’aies pas reçu une éducation à l’anglaise, je me propose de t’enseigner l’anglais selon les méthodes britanniques, c’est-à-dire, pour être parfaitement clair, en te cinglant le postérieur avec un objet approprié quand j’aurai estimé que tes progrès ne sont pas assez rapides… Je ferai cela pour ton bien, comprends-tu ? D’abord, cela aura pour conséquence de te faire. apprendre plus vite, et d’autre part, cela t’habituera peu à peu à devenir une parfaite épouse d’Outre-Manche…

À l’attitude troublée de son élève, Sébastien comprit qu’elle ne s’était pas attendu à une telle convention.

– Si-si vous le dites… balbutia-t-elle. Mais êtes-vous sûr que ce soit indispensable ?

Il était évident qu’il n’aurait pas beaucoup de mal à la convaincre. Toutefois, il tenait à ce que Marie acceptât d’elle-même, activement, cette condition, et non qu’elle s’y résolût à contre-coeur, en concédant cette clause en remerciement des services qu’il allait lui rendre.

– Il n’est pas indispensable que je t’apprenne, l’anglais, dit-il d’une voix douce afin d’atténuer la menace sous-entendue. Seulement, pour la même raison que j’exige, pour t’aider, que tu sois sincère dans tes intentions, je ne veux pas avoir à te faire travailler de force. C’est ta vie, c’est de toi que doit venir l’effort. Si je suis indulgent avec toi, je ne te rends pas service et je ne peux pas être certain que tu es sincère !…

– Je comprends très bien, déclara Marie. Mais je vous promets que j’apprendrai vite, parce que c’est vraiment ce que je veux, partir avec Peter et l’épouser et vivre avec lui… C’est vrai, vous savez, vous me sauvez la vie en acceptant de faire tout ce que vous avez dit tout à l’heure… Alors, c’est bien la moindre des choses que j’accepte la manière dont vous voulez m’apprendre… enfin, vous voyez ce que je veux dire…

En évoquant ainsi de futurs châtiments corporels, ses joues retrouvèrent brusquement la rougeur qui s’était un peu atténuée durant les explications de Sébastien.

– Mais quand vous parliez des conditions, reprit-elle, je pensais à l’argent: je ne sais vraiment pas comment vous payer. Je ne pourrai pas vous rembourser avant d’être mariée…

– Laissons cette question, intervint le jeune instituteur. Je me doute que tu ne peux pas me payer. Mais justement, ma récompense sera dans le plaisir et l’enthousiasme que tu mettras à apprendre, dans les progrès rapides que tu feras et dans le fait que je t’aurai aidée à être vraiment heureuse, tu comprends ?

Cette fois, Marie eut les larmes aux yeux. Durant quelques secondes, elle s’agita nerveusement. Puis, avec un mouvement qui lui paraissait sans doute très audacieux, elle empoigna la main de Sébastien et la porta à ses lèvres pour l’embrasser fiévreusement.

– Oh, Monsieur, vous êtes si bon ! déclara-t-elle enfin. Je ferai tout ce que vous voudrez, je serai une élève exemplaire et vous me punirez chaque fois que vous le jugerez nécessaire, et de la manière que vous voudrez… Je serai obéissante, je vous donnerai tout ce que j’ai, je serai votre servante…

– Je n’ai nul besoin de domestique…

– Je serai votre esclave…

Sébastien estima alors qu’il avait parfaitement réussi à obtenir ce qu’il désirait : il ne lui restait plus qu’à abattre sa dernière carte, plus par précaution que par nécessité. Il prit un ton grave et chaleureux.

-C’est donc entendu : je t’aiderai du mieux que je peux. Évidemment, si jamais je découvrais que tu n’étais pas sincère et ferme dans tes intentions, je devrais immédiatement aller tout raconter à ton père : je ne veux pas faire de chantage sur ce point, mais, en tant qu’instituteur, j’ai des responsabilités envers tes parents. Je veux bien t’aider parce qu’il me semble que cette solution est la meilleure pour toi, mais je ne peux pas me permettre de me tromper, et si je le faisais, il me faudrait immédiatement rendre des comptes…

– Oh ! bien sûr ! je comprends, affirma Marie. Je ne voudrais surtout pas vous attirer des ennuis et vous pouvez être certain que je ferai exactement ce que vous m’ordonnerez…

Dès le lendemain jeudi – qui était le jour de congé écolier, en ce temps-là – Sébastien emmena Marie en ville. Pour écarter tout soupçon, il emmena deux autres élèves qu’il abandonna à la piscine municipale. Puis il conduisit Marie chez la gynécologue, une femme aimable et très compréhensive à laquelle il exposa succinctement la situation avant qu’elle n’ausculte la jeune fille. Elle ne put se prononcer immédiatement mais ordonna aussitôt la pilule.

Après en avoir discuté pendant le temps qu’il se trouvait seul avec Marie, il rédigea ensuite deux lettres, l’une plus ou moins dictée par sa protégée à l’intention de Peter, l’autre plus complète et plus détaillée dans laquelle il expliquait aux parents du garçon qu’ils devraient contacter ceux de Marie dans un avenir proche s’ils souhaitaient une issue harmonieuse à toute cette affaire.

En ramenant la jeune fille chez elle, il demanda à son père s’il ne voyait pas d’inconvénients à ce qu’il donnât quelques leçons particulières à Marie afin de savoir si elle ne pourrait pas passer le certificat à la fin de cette année, c’est-à dire un an plus tôt que prévu. Le père ne parut pas extrêmement convaincu de la nécessité de faire de sa progéniture un prodige de culture, mais il trouva fort intéressant que l’instituteur lui portât une attention toute particulière.

Monsieur Sébastien aurait-il réfléchi pendant les grandes vacances ? Et Marie serait-elle l’élue parmi toutes les filles à marier du canton ? Pour bien montrer à quel point il ne voyait pas d’inconvénient à ce que Marie restât après la classe, le père donna une bourrade à Sébastien et lui lança un air entendu.

– Et puis, si elle se montre pas b’en attentive, b’en faut surtout pas hésiter à lui donner qué’ques torgnoles, hein ? Paf, paf ! sur les deux joues …. Ou b’en même sur son gros pétard ! Y a b’en plus de place, et pis, ça la remet en place, elle aussi, pa’ce qu’à cet âge-là, ça se croit déjà une dame, alors qu’c’est encore qu’une drôlesse …. Mais j’vous dis ça, tiens, j ‘suis b’en sûr qu’vous savez très b’en comment vous y prendre, c’est-y vrai, c’est-y pas vrai, hein ?

Sébastien eut droit à un nouveau coup de coude dans les côtes l’affaire était bien résolue, au moins pour un certain temps, de ce côté-là.

– Mais je vous assure que je fais mon possible, Monsieur. Mais c’est très dur à prononcer…

– Essaye encore !

Sébastien parlait d’une voix douce et ferme. Il ne s’impatientait pas, et c’est son calme imperturbable qui amenait son élève à se sentir coupable et à se troubler de plus en plus.

Marie recommença donc à lire la liste de ces mots qui ne revêtaient encore aucune signification pour elle. Elle prononçait très lentement, articulant les syllabes une à une et dodelinait la tête comme pour mieux faire jaillir chaque son de sa gorge.

– Haeu pric… hoeu djon’… hoeu coc’… hoeu péteur… hoeu c’…

– Ce n’est pas ” péteur ” mais ” pitoeur “… Comment appelles-tu ton petit ami ? –

– Ça dépendait : au début je disais ” pétère “, mais ses parents disent

plutôt ” pit’ “, alors après j’ai dit comme eux, ou bien je lui donnais d’autres noms gentils, je l’appelais ” Darligne ! “… Mais justement, je voulais vous demander: ” piteur ” c’est un prénom, alors pourquoi on met un article devant ?… Comme pour ” djon’ ” ?…

Sébastien fut gêné durant une seconde par la perspicace question de son élève.

– Eh bien… commença-t-il. Disons qu’il s’agit là d’une manière anglaise de parler… Peter désigne un garçon qui se prénomme ainsi, et “à Peter “désigne ce qui fait de lui un garçon, tu comprends ?…

Aussitôt, le visage de Marie s’empourpra et son instituteur fut ainsi persuadé qu’elle comprenait parfaitement. Pour se donner une contenance, la jeune fille reprit immédiatement son exercice de prononciation.

Elle avait beaucoup de mal à se rappeler certains mots, principalement ceux placés en fin de liste. Et ses erreurs répétées irritèrent bientôt Sébastien. Avec patience, il les lui fit répéter encore, par cinq à la fois, sans trop de problème. Mais lorsqu’il exigea, pour terminer la leçon, qu’elle lui relise correctement toute la liste, le résultat fut désastreux.

– Voilà un bien mauvais départ, Marie ! déclara-t-il avec froideur. Ce n’est qu’une première leçon, courte et facile : si tu n’es pas attentive et appliquée dès maintenant, qu’en sera-t-il lorsque nous aborderons des leçons plus compliquées ?

Marie osait à peine lever les yeux vers lui.

– Alors, d’abord, poursuivit-il, je veux que tu saches prononcer tous ces mots pour demain soir l…

– Oui, Monsieur…

Et ensuite, pour te punir de l’inattention que tu as témoignée durant ce dernier quart d’heure, je vais te donner une bonne fessée ! … Je n’ai pas de canne sous la main, et en attendant de trouver un objet adéquat, tu seras fessée, nous sommes bien d’accord ?…

Honteuse, rougissante, Marie n’osa protester. Pourtant, dans son esprit, elle trouvait relativement concevable d’être fouettée avec une cane, puisque c’était le sort qui l’attendait avec son fiancé. S’y soumettre avec son instituteur lui semblait constituer une sorte d’entraînement, exactement comme l’on apprend à nager malgré la perspective peu probable de tomber à l’eau.

La fessée, par contre, lui apparaissait un châtiment extrêmement humiliant et enfantin. Elle avait quatorze ans, tout de même ! Cependant, d’un autre côté, pouvait-elle se permettre de courir le risque que Monsieur Sébastien se désintéressât de son sort, cessât de l’aider et allât tout dire à son père ? Dieu seul sait quelle punition elle aurait à subir, si une telle catastrophe arrivait.

– Si… Si vous pensez qu’il le faut…

– Bien ! Alors, lève-toi et approche !

-C’est sans doute… balbutia-t-elle en se levant timidement. Ce n’est peut-être pas pareil. mais il y a un… martinet à la maison. Il est au fond d’un placard et maman ne s’en sert plus depuis plusieurs années…

Une lueur de jubilation traversa le regard du jeune homme. En écoutant son élève avec une attention accrue, il éloigna sa chaise de la table afin d’être pleinement à son aise pour infliger le châtiment annoncé.

– Oui… je pourrais l’apporter, quoi !… si vous croyez que cela puisse être un objet qui convienne…

-Mais, tu dis que tes parents ne s’en servent plus. Dois-je comprendre que tu recevais le martinet lorsque tu n’étais pas sage ?… Il y a longtemps de cela ?

Marie se tenait debout devant lui, dansant d’un pied sur l’autre, écarlate.

-Oh, vous savez… je crois qu’il a surtout servi avec mon frère aîné… Ma mère m’a cinglé les mollets avec, des fois, mais c’est surtout des gifles que j’ai reçues, et même encore maintenant…

Le ton acerbe avec lequel elle avouait cela montrait sans doute possible qu’elle détestait ce genre de traitement au plus haut point et que, s’il fallait recevoir des coups, elle préférait encore le martinet.

– Nous discuterons de cela plus tard, trancha Sébastien. Pour le moment, il est temps pour toi d’être fessée !… Viens t’allonger en travers de mes genoux! Non, par là !

Avalant péniblement sa salive, l’adolescente vint se placer contre la jambe droite de Sébastien. Puis, timidement, elle pencha un peu le buste en avant.

Ne voulant pas effaroucher trop sa docile élève, pour cette première punition, il posa sa main sur le bas du dos, par dessus la boucle de la ceinture du sarrau, et il pressa jusqu’à ce qu’elle fût allongée complètement en travers de ses cuisses.

Il put ainsi sentir toute la troublante chaleur de ce corps souple et capiteux, crispé d’appréhension.

Puis, d’un geste ample, sans précipitation, il retroussa du même coup le tablier et la jupe, dévoilant des mollets ronds et nus, et des cuisses blêmes, potelées.

Marie portait une petite culotte blanche en coton qui n’était pas d’une marque évoquant la marine.

Bien décidé à ne pas heurter d’emblée la pudeur de l’adolescente, Sébastien choisit d’écarter simplement le tissu afin de dénuder la seule fesse droite, celle qui s’offrait sous l’angle le plus vulnérable à ses coups.

D’autre part, cette exhibition partielle du postérieur rebondi lui permettait de se ménager des surprises. Il entendait consacrer le temps nécessaire à l’éducation de Marie. Même si Peter venait la chercher rapidement, il disposait au moins d’un mois, ou d’un trimestre, peut-être même plus, s’il s’avérait qu’elle n’était pas enceinte.

Sébastien se sentait déjà bien assez excité par ses agissements pour se contenter aujourd’hui de ne dévoiler qu’une seule fesse. D’autant plus que sa main, en tirant la jambe de la culotte, allait se nicher aux abords du val moelleusement évasé qui traversait ce charmant arrière-train.

Il leva la main droite, la maintint en l’air pendant quelques secondes pour mieux jouir, déjà, de ce qu’il allait faire. Puis il frappa.

-Aah !… cria la gamine surprise.

Le jeune instituteur se mit alors à fesser régulièrement, avec une force toujours égale, visant toujours le même endroit : cela aussi était une manière de prendre son temps pour découvrir chaque parcelle de ce corps frémissant…

Si elle avait glapi à la première claque, parce qu’elle n’avait su en prévoir ni la force ni la soudaineté, Marie s’efforça de demeurer stoïque sous les coups suivants. Elle serra les dents pour rester silencieuse, et les poings pour ne pas bouger.

Mais le maître frappait toujours la même fesse, le même versant, juste au-dessus de la séparation d’avec la cuisse. Et l’embrasement de cette partie charnue devint très vite intolérable. Pour essayer de mieux se contenir, la victime voulut empoigner les pieds de la chaise.

Elle fut contrainte de renoncer, car cette disposition l’obligeait à se tordre légèrement, mais surtout à se pencher complètement en avant, ce qui lui semblait une position tout-à-fait indigne. Elle tenait à prouver à Monsieur Sébastien qu’elle se soumettait à cette dégradante mesure parce qu’elle n’avait pas le choix, mais aussi parce qu’elle savait qu’une fessée ne constituait pas une épreuve bien douloureuse au regard de la cane et donc, qu’elle était prête à endurer bien pire…

S’agripper à la table présentait à peu près les mêmes désavantages que la chaise: une position instable, étirée, misérable…

Alors que l’incendie de sa fesse droite ne cessait d’empirer, Marie en vint à s’étreindre la poitrine. Elle était bien fournie pour son âge et ses deux mains ne suffisaient déjà plus à la contenir.

Et pendant que Sébastien, indifférent à la fatigue de son bras et à l’embrasement de sa paume, continuait à fesser de toute son énergie, elle se pressa les seins, les empoignant au point de les meurtrir, les tordant en tous sens avec un grognement sourd. Tant et si bien qu’elle en arriva à éprouver quelque plaisir.

Sa position indécente, retroussée, le popotin à demi-nu, la douleur ressentie qui irradiait dans tout son bassin, le tourment supplémentaire qu’elle infligeait en se torturant la poitrine, ainsi que la chaleur de ce corps masculin sur lequel elle était impudiquement répandue, tout cela lui apporta un troublant réconfort, même si le châtiment demeurait une épreuve…

– Ça suffit ! déclara soudain le fesseur qui se sentait alors incapable de garder son sang-froid plus longtemps devant cet excitant spectacle. Debout ! Et j’espère que, demain, tu seras plus attentive, n’est-ce pas ?… Et aussi que tu sauras prononcer comme il faut tous les mots que je t’ai donnés…

– O-Oui, Monsieur Sébastien, promit la charmante gamine en se redressant comme si tout son corps était courbatu.

Ses joues rayonnaient du même éclat incandescent que sa fesse enflammée.

– Qu’est-ce qu’on dit ? demanda Sébastien, sentant qu’il devait parfaire la scène qui venait d’avoir lieu par quelque cérémonial adéquat.

– Merci, Monsieur Sébastien… susurra Marie.

– Et de quoi?

– Merci de la leçon d’anglais… merci aussi de l’autre leçon… enfin, vous comprenez…

La manière dont elle se caressait timidement le haut de la cuisse était explicite.

– Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, monsieur Sébastien. continua-t-elle avec un émouvant accent de sincérité. J’aimerais vous rendre service… Demandez-moi, je vous en prie, je voudrais vous aider. moi aussi…

– C’est gentil, mais à quoi veux-tu m’aider ?…

– C’est… Je pourrais vous soulager…

– Me soulager de quoi ? demanda l’instituteur au comble de ‘I

l’étonnement. Il n’osait pas comprendre que cette gamine voulait parler

de ce qu’il croyait deviner.

Marie le regarda brusquement dans les yeux, et cette audace était surtout destinée à la réconforter elle-même.

– Enfin… vous savez bien… j e l’ai déjà fait au cheval, des fois… Quand j’étais contre vous, j’ai bien senti comme il était gros et dur, votre… Sébastien !

Pendant un instant, l’instituteur demeura pantois. Il doit rassembler toute sa volonté pour tenter de cacher son trouble. Mais il ne voulait pas gâcher son plan par une manœuvre trop précipitée.

-Tu es une très brave fille, ma petite Marie, dit-il en lui déposant un baiser fort chaste, presque paternel, sur le front. Effectivement, il peut arriver que j’accepte ce service… Mais maintenant, tu dois rentrer chez toi si tu veux que tes parents ne soupçonnent rien. Alors rentre vite et apprends tes leçons, n’est-ce pas ?…

– Oui, Monsieur Sébastien !

Elle avait dit cela dans un élan de joie, et, avant que son partenaire eût compris ce qui arrivait, elle lui sauta au cou et l’embrassa sur les deux joues, avec de gros baisers sonores.

Puis elle disparut aussitôt, sautillante, ayant manifestement oublié pour l’instant la morsure de la fessée.

Sébastien la regarda courir sur le chemin. II souriait avec une satisfaction malicieuse.

Lorsqu’elle fut hors de vue, il rentra chez lui en jurant : il lui fallait se changer, il avait joui dans son pantalon et son slip était plein de sperme !

 

 

 

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