Marie

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Chapitre : 2

La deuxième et la troisième leçons particulières que Sébastien donna à Marie se déroulèrent sans incident. La gamine faisait de rapides progrès en prononciation, et dès qu’elle eut appris quelques mots de vocabulaire, elle sut vite rédiger de petites phrases grammaticalement correctes.

L’aimable instituteur ne pouvait pas déterminer dans quelle mesure cette réussite était due à la sévère fessée qui avait achevé la première leçon, ou bien à la motivation qui poussait Marie à apprendre l’anglais.

Bien sûr, il aurait pu facilement trouver un prétexte pour renouveler le châtiment plus tôt. Il y renonça parce qu’il ne désirait pas faire preuve d’une trop grande intransigeance. Egalement, ces deux jours sans fessée lui permettaient d’établir avec certitude que la fillette ne lui en voulait pas : elle lui avait promis d’être docile, elle avait accepté sans trop de réticence l’idée de recevoir des punitions corporelles, mais Sébastien se méfiait, par principe, d’une rébellion toujours possible.

De même, malgré l’excitation qu’elle provoquait en lui, il préférait ne progresser qu’avec modération quant à ses exigences perverses, car il n’aurait pas du tout apprécié, compte tenu de la situation, que l’on puisse l’accuser d’être le responsable de la grossesse de Marie.

Cette question trouva d’ailleurs une réponse plus rapide qu’il ne l’avait d’abord prévue. C’était le dimanche, en fin d’après-midi, et il revenait de la ville.

Il pleuvait et Marie l’attendait, assise sous le préau. Elle portait un ciré bien trop grand pour elle, et elle se mit à courir aussitôt que la voiture de Sébastien pénétra dans la cour.

Avant qu’il eût ouvert sa portière, elle déploya son manteau pour le protéger de la pluie tandis qu’il descendait de voiture. C’est ainsi qu’il put constater qu’elle pleurait à chaudes larmes.

– Qu’y a-t-il ? demanda-t-il dès qu’ils furent rentrés dans la maison.

– Oh ! Monsieur Sébastien !… Monsieur Sébastien ! répéta-t-elle plusieurs fois en l’étreignant étroitement, indifférente au fait que son ciré trempé était en train d’inonder le costume de Sébastien.

– Calme-toi, je t’en prie… Enlève ton imperméable et assieds-toi : tu vas me raconter tout ça tranquillement…

Puis il se mit lui-même à l’aise et s’affaira pour préparer du thé. Le regard vide, maintenant, Marie suivait ses gestes. On aurait dit qu’elle cherchait à reprendre sa respiration, bien qu’elle ne fût pas essoufflée.

– Je ne sais pas par où commencer, déclara-t-elle enfin. Il y a tant de choses… D’abord… eh bien, d’abord, je suis indisposée…

Un peu distrait par ses préparatifs, Sébastien ne répondit pas : il avait compris qu’elle n’était pas en forme.

– Je vois bien, dit-il pour interrompre le silence qui s’installait. Tu as besoin de repos…

– Non, ce n’est pas… Elle balbutiait en rougissant. Je me suis mal exprimée… Je voulais dire que j’ai mes… que j’ai mes ourses !

Elle avait lâché ces quelques mots d’un seul coup, comme si cette expression un peu brutale constituait son ultime chance de transmettre clairement l’information.

– Ah !… s’exclama Sébastien, vaguement furieux contre lui-même de s’être montré si obtus. Bon, et alors, c’est plutôt une bonne nouvelle, non ?

Oui, non, c’est-à-dire… Je ne sais plus…

Et une vague de larmes submergea de nouveau ses yeux.

– Il y a autre chose… Il y avait une lettre de Peter, hier, et mon père ne me l’a dit que tout à l’heure. Il l’avait déjà déchirée et mise au feu… En fait, il l’a ouverte quand le facteur l’a apportée, et quand il a vu que c’était de l’anglais, il l’a jetée en jurant, et je n’en ai entendu parler que parce que ma mère a vendu la mèche, cet après-midi, sans le faire exprès…

Il s’en était suivi une violente colère du père. Marie n’avait pipé mot, malgré l’avalanche de questions qu’elle avait dû subir. Et aussitôt qu’elle avait pu s’enfuir de chez elle, elle était venue à l’école pour se confier à l’instituteur, et elle l’avait attendu durant plusieurs heures, tout en se torturant d’inquiétude.

– Est-ce que ton père prend au sérieux ton désir d’épouser Peter ? demanda Sébastien.

La gamine eut un nouvel accès de larmes.

– Je ne sais pas, avoua-t-elle piteusement. Une seule chose est certaine, c’est qu’il ne veut pas en entendre parler… Alors, qu’il prenne ça pour un

caprice ou pour une envie vraie, cela ne change pas grand chose, vous

savez

Sébastien avait une opinion différente. Durant une seconde, il fut saisi d’un doute affreux. Et si Marie était aussi vicieuse que Sylvie, malgré ses abords angéliques ? Elle aurait une menstruation irrégulière et toute cette histoire n’aurait pour but que de forcer ” Môssieu l’Instituteur ” à s’intéresser suffisamment à sa petite personne pour qu’il se trouve contraint de l’épouser sous la pression de la rumeur publique…

Non, seule son obsession de Sylvie pouvait lui inspirer de telles horreurs. Il lui fallait chasser définitivement cette salope de son esprit, et se convaincre qu’il existait des filles sincères, sinon, il se retrouverait vite aigri et vieux garçon.

En réalité, si Marie n’était pas enceinte, Sébastien devait simplement déterminer si son envie de l’éduquer selon des méthodes supposées typiquement britanniques méritait le risque d’être un jour obligé de l’épouser.

Ne s’était-il pas déjà engagé vis-à-vis de cette gamine ? Le seul souvenir de la fesse droite si potelée rougissant sous ses coups…

Hou ! hou ! où êtes-vous, Monsieur Sébastien ?

La fillette essayait déjà depuis quelques instants de faire sortir son jeune instituteur de la profonde réflexion dans laquelle il était absorbé. Et, du coup, la nécessité de le rappeler à la réalité avait fait renaître sur ses lèvres sensuelles le charme d’un sourire pâle.

– Excuse-moi, je réfléchissais… Est-ce que ton père sait que tu es ici ? Est-ce qu’il risque de venir te chercher ? Est-ce que tu le sais ?

– Je suppose qu’il n’est pas assez tard pour qu’il se soucie de moi… À l’heure qu’il est, il doit être à jouer à la belote au bistrot des Cassines…

– Bon !… Y a-t-il un endroit chez toi où nous puissions travailler sans être trop dérangés ?

Un éclair de panique illumina les grands yeux de Marie. Elle resta bouche bée pendant quelques secondes.

– Oh, non, Monsieur Sébastien, vous n’allez pas tout raconter à mes parents, je vous en supplie…

Le violent désespoir qui imprégnait cette supplique était pour Sébastien une nouvelle preuve de l’ascendant qu’il pouvait exercer sur la jeune écolière : elle accepterait pratiquement n’importe quoi pour éviter la colère de son père ! Et dans deux ou trois jours, une semaine tout au plus, lorsqu’il aurait mis en place chaque détail de son plan, elle serait toute à sa merci…

– Non, ne crains rien, je ne te trahirai pas, dit-il pour la rassurer. Au contraire, j’ai l’idée de préparer lentement le terrain afin qu’ils ne se méfient pas…

Il était parfaitement sincère, et il allait même endormir la méfiance des parents plus que Marie ne pouvait l’entrevoir.

– Eh bien, on peut toujours s’installer dans la pièce du fond… Grand-père y est souvent, mais d’habitude, il dort dans son fauteuil, et puis, de toute façon, il est sourd…

Vingt minutes plus tard, Sébastien se trouvait chez Marie, dans cette fameuse pièce du fond, attablé à deux mètres du jovial grand-père qui marmonnait parfois, se parlant à lui-même.

La mère avait été flattée que Monsieur l’Instituteur amenât sa fille en auto, à cause de la pluie. Se promener dans les champs par un temps pareil ! Heureusement que Monsieur Sébastien était passé par là pour la ramasser, cette fainéante !

Cela n’avait pas été dit sans malice. La mère de Marie, sans en être sûre, pensait que sa fille avait très bien pu aller chercher refuge auprès de son maître d’école, et elle guettait la réaction de Sébastien.

Mais à malin, malin et demi, celui-ci fit éloigner la gamine dans une autre pièce, afin de demander à sa mère s’il n’y avait rien de grave.

– Elle pleurait lorsque je l’ai trouvée, déclara-t-il sur le ton de la confidence. Et déjà, depuis quelques jours, elle me semblait soucieuse… Je l’ai bien vu, au cours du soir…

– Bah, vous en faites don’pas, Monsieur Sébastien, répondit la mère d’un ton goguenard, mise en confiance par l’apparente anxiété de l’instituteur. Vous savez bien ce que c’est, à c’t’âge-là… Elle s’est entichée d’un jeunot, c’t été… Un étranger, un anglais, qu’c’est… P’i, le père Guerchamp, ça lui plaît pas trop, rapport qu’elle est jeunette… L’oublie seulement qu’il m’a mariée, j’avais tout juste qué’ques mois de plus qu’elle… Sans compter qu’il est b’en mignon, c’gamin…

Le ton ému de la campagnarde montrait de quel côté penchaient ses sentiments, mais il était probable qu’elle n’osait pas s’opposer franchement à son mari, du moins tant que la situation ne lui apparaissait pas dramatique. Sébastien comprenait qu’il pourrait s’en faire une alliée, en agissant convenablement.

– Mais au jour d’aujourd’hui, r’en n’est plus pareil. Les jeunes, y s’marient pour divorcer aussi sec… J’aimerais pas qu’mon Marie, è’ tombe su’ un galvaudeux… P’is. vous la voyez, en Angleterre, ousqu’y causent même pas français… Même lui, y cause pas français ! Alors, vous vous l’imaginez perdue là-bas, qui cause même pas la langue de son mari…

Sébastien était en train de découvrir avec stupéfaction que la mère de Marie avait déjà prévu très loin où cette amourette de vacances risquait de conduire sa fille.

– Sans compter qu’on la verrait p’us, p’is qu’on verrait pas nos petits-enfants…

– Oh, vous savez, on voyage beaucoup et rapidement maintenant… assura Sébastien. Et puis Marie n’est pas bête ; je suis certain qu’elle apprendrait rapidement l’anglais… Tenez, je suis sûr qu’en quelques leçons, comme ça, simplement après la classe, je pourrais lui en apprendre assez pour qu’elle puisse déjà se débrouiller…

– Vous feriez ça ?

La mère de Marie regarda sournoisement l’instituteur. En préparant ainsi des révélations prochaines, Sébastien devait rester prudent. Il fit donc une moue pour signifier qu’au besoin, il donnerait des cours d’anglais à Marie, mais qu’il supposait que cela n’avait rien d’urgent, après tout…

– Ah, oui, hein ? Les voyages… reprit la paysanne. Vous connaissez b’en ça, hein, vous, les jeunes… Tenez, même vous, Monsieur Sébastien, j’suis b’en sûr qu’vous nous cachez une promise, en ville, hein ?… Oui, oh, pas la peine de nier, va ! je l’répéterai point…

Devant la malice de son interlocutrice et son coup d’œil aigu, Sébastien n’eut d’autre solution que de faire un sourire qui se voulait un aveu. Oui, en ville, enfin dans une autre ville, il y avait Sylvie, mais aucune promesse ne le liait plus à cette mijaurée… Pourtant, il valait mieux faire croire à l’existence d’une fiancée lointaine plutôt que de laisser soupçonner ce qu’il avait l’intention de faire subir a Marie.

– Y faudra nous l’amener, un de ces jours, n’est-ce pas, Monsieur Sébastien ?… Vous n’allez pas nous la cacher éternellement, comme ça… Vous resterez b’en a dîner, n’est-ce pas ?

En dépit de sa formulation, cette politesse n’attendait aucune réponse. Tout choix était exclu. Après un refus de pure convenance, Sébastien insista sur la nécessité d’expliquer à Marie un point de grammaire particulièrement délicat et à propos duquel elle avait fait quelques énormes fautes dans son dernier devoir.

C’est ainsi qu’il se retrouva dans la pièce du fond, auprès du grand-père.

Marie était un peu inquiète de la conversation qu’il venait d’avoir avec sa mère, mais il lui fit un signe discret pour montrer que tout allait bien. En guise d’exercice, il lui fit rédiger, en français, bien sûr, une lettre à l’intention de Peter et de ses parents, les mettant au courant des derniers développements de la situation, lettre qu’il se proposait de traduire le soir même afin de la poster dès le lendemain.

Ils étaient placés très près l’un de l’autre. En particulier, sous la table trop étroite, leurs genoux se heurtaient souvent, lorsque leurs cuisses ne se touchaient pas. Cette disposition fit bander Sébastien à la limite du supportable, mais comme il n’avait qu’à reprendre son élève lorsqu’elle se trompait, il réussit à cacher son trouble.

Marie, par contre, si elle semblait au moins aussi émue que lui, éprouva plus de difficultés pour dissimuler l’excitation que provoquait en elle le fait de se trouver chez elle, tout près de son instituteur avec lequel elle partageait un secret si lourd que toute sa vie allait en dépendre, tout près de ce jeune homme viril qui l’avait si vigoureusement fessée quelques jours auparavant, si près de ce grand-père qui ne se doutait de rien.

Elle rougissait parfois, ou se taisait soudain ; elle frétillait particulièrement lorsqu’elle écrivait des douceurs qu’elle n’osait pas prononcer à voix haute, mots doux destinés à son lointain amoureux mais dont ” Monsieur Sébastien ” était le tout premier lecteur.

À plusieurs reprises, par souci de vraisemblance, et également pour tâcher d’oublier la souffrance occasionnée par son érection, l’instituteur la reprenait et lui expliquait en détail quelques subtilités linguistiques.

Bouche ouverte, les yeux ronds, Marie ne l’écoutait pas ; si bien qu’au moment de continuer sa rédaction, la gamine commettait une faute plus grave que la légère incorrection dont Sébastien s’était servi pour l’interrompre.

Cela arriva une fois, puis une autre. La troisième fois, il le lui fit remarquer avec un soupçon d’agacement dans la voix. Or la maman venait tout juste d’annoncer le retour du père et l’imminence du dîner.

Marie devient écarlate d’être réprimandée en présence de sa mère.

– J’espère qu’elle travaille bien, hein, Monsieur Sébastien… Parce que, si è’ vous écoute pas. c’est point la peine de perdre vot’ temps avec une fainéante… Hein, t’entends, toi ? Tu peux remercier M’sieur Sébastien…

– Merci, Monsieur Sébastien… dit immédiatement la gamine d’une petite voix timide…..

– Mais ce n’est rien, assura l’instituteur. Si elle ne travaillait pas, je ne m’intéresserais pas à son travail, soyez-en sûre, Madame Guerchamp… Cela n’empêche pas que je doive insister parfois, quand c’est difficile. C’est tout à fait normal, vous savez…

La mère disparut. Le dîner allait être prêt dans cinq minutes. Afin de se dépêcher de finir sa lettre, Marie serra un peu plus fortement sa cuisse contre le genou de Sébastien, sous la table, puis elle lui lança un regard timide et pourtant malicieux.

– C’est vrai… ce n’est pas en faisant des bêtises que je peux vous montrer ma reconnaissance… Je mériterais une bonne fessée ! J’apporterai le martinet demain, si vous voulez..

Sébastien avala péniblement sa salive et jeta un coup d’œil alarmé en direction du grand-père.

Oh, lui, ne vous en faites pas : il n’entend rien, déclara Marie à voix haute

Et comme l’instituteur ne semblait pas parfaitement convaincu de la surdité du vieillard, elle renchérit, parlant un peu plus fort :

– Je peux dire tout haut que vous allez me fesser cul nu avec le martinet, il ne comprendra pas… Hein, grand-père ?

Le vieil homme hocha la tête sans répondre et Marie se retourna vers la table d’un air très satisfait. Les sourcils froncés de Sébastien la firent rougir comme une pivoine.

En effet, celui-ci se trouvait en proie à une violente contradiction. Excitée par l’audace perverse de Marie, sa queue durcie comme de l’acier lui faisait mal à force d’être tendue et menaçait sérieusement les boutons de sa braguette. Mais en même temps, il se sentait pétrifié par les risques que ces provocations lui faisaient encourir. À supposer que le grand-père fût aussi sourd qu’il le faisait croire, le père ou la mère Guerchamp aurait très bien pu entendre le cri de leur fille d’une pièce voisine.

Marie comprit aussitôt la légèreté insolente de son attitude, et elle comprit aussi, apparemment, le dilemme de Sébastien car elle glissa sa main sous la table et, avant qu’il eût ouvert la bouche, elle le branla avec douceur à travers son pantalon.

– Je vous demande pardon, dit-elle d’une voix humble. Sébastien poussa un profond soupir. Avant qu’il ait pu faire ou dire

quoi que ce soit, la main habile de son élève lui avait ouvert la braguette et, passée sous son slip, lui dégageait la verge.

– Ma petite Marie, au point où nous en sommes, je préfère supposer que ton grand-père est sourd, et même presque aveugle, mais je voudrais te demander ce que tu comptes faire pour réparer le gâchis qui va se commettre sous la table…

– Oh ! Ne vous inquiétez pas. ” “•

Pendant que sa main s’agitait toujours, elle sortit de la poche de son tablier un petit mouchoir brodé aux quatre coins.

Sébastien était stupéfait de l’agilité du poignet de Marie. Même s’il jouissait encore d’une bonne vue, le grand-père aurait eu du mal à s’apercevoir de ce qui se passait. Car, tandis que la main fraîche branlait vigoureusement la verge brûlante, le haut du corps de la gamine demeurait parfaitement immobile et décontracté. Il lui en fit la remarque.

– Oh, ce n’est rien… J’ai l’habitude de traire les vaches.

Marie avait répondu cela avec naturel, sans moquerie. Décidément, Sébastien s’adaptait difficilement à l’esprit campagnard…

– Vite ! Maintenant ! ‘ –

Cette manœuvre fut sans doute moins discrète que les précédentes,

mais Marie agit avec une rapidité efficace. Pas une goutte ne tomba à côté et elle remit son mouchoir dans la poche de son tablier.

Elle réussit même à replacer convenablement la pine et les couilles de Sébastien.

– Je ne peux pas… les boutons… se mit-elle soudain à balbutier. Sortant de son rêve émerveillé, Sébastien acheva de se braguetter. Le

grand-père semblait toujours aussi imperturbable.

– Je veux que tu comprennes, Marie, que j’ai beaucoup apprécié ce que tu viens de faire… Mais cela n’empêche pas que ton inattention, puis ta conduite insolente à l’égard de ton grand-père vont te valoir une sévère correction demain soir. Comme tu l’as si bien dit, tu es pardonnée, mais ta punition reste due !

– Oui, Monsieur Sébastien… Merci, Monsieur Sébastien… J’ai honte, vous savez…

La rougeur de ses joues ne constituait qu’une faible preuve de sa honte, car ses yeux brillaient intensément.

Elle venait juste de prononcer cet aveu admirable lorsque son père entra dans la pièce. Il parla quelques instants avec Sébastien, puis on passa à table.

À un moment, à propos de cette idée de donner des leçons particulières à la fille de la maison, l’instituteur fit cette remarque :

– Cela fait partie de mon travail, vous savez… Votre fille, ainsi que Madeleine Bocard, mériteraient vraiment de poursuivre leurs études, et c’est pour ça que j’ai décidé de les aider, toutes les deux…

Le père le foudroya du regard. Depuis au moins vingt ans, il ne parlait plus aux Bocard à cause d’une parcelle de terrain que le père de Madeleine aurait réussi à se faire attribuer par le cadastre, alors que la famille Guerchamp en revendiquait la possession.

En agissant de la sorte, Sébastien poursuivait un plan bien précis : faire comprendre que son intérêt pour Marie était réel, mais d’ordre professionnel, et sans parti pris apparent. • -…

Sa réflexion, toutefois, lui attira également une colère imprévue, encore que discrète : Marie devint écarlate et, baissant le nez dans son assiette, le regarda par en-dessous avec un air plein de rancune.

Plus tard, au moment où l’instituteur fut prêt à partir, dans la cour, elle trouva le moyen de se trouver seule avec lui, ou du moins hors de portée des oreilles parentales.

– C’est vrai, demanda-t-elle, ce que vous avez dit tout à l’heure, à table, que vous allez donner des leçons à Madeleine aussi, après la classe ?

– Oui. Serais-tu jalouse ? Elle répondit par une moue de bouderie.

– Je peux bien aider Madeleine à se perfectionner en calcul et en orthographe, lui confia-t-il en riant. Elle me posera toujours moins de problèmes que toi, en espérant qu’elle ne soit pas enceinte d’un Scandinave…

Une nouvelle fois, Marie s’empourpra, mais il était clair que ce trouble contenait beaucoup de coquetterie.

– Est-ce que les maris anglais sont jaloux ? ajouta-t-elle avec une brusque inquiétude.

– Autant que les maris français, je suppose… Seulement, ils savent punir leurs femmes comme il convient, si jamais elles se montrent infidèles, ou même trop jalouses à leur égard… –

– Vous avez raison, Monsieur Sébastien, déclara-t-elle en avalant fortement sa salive, la voix empreinte d’une gravité charmante qui se voulait déjà adulte et responsable. Il faudra me châtier aussi pour ma

jalousie, dans ce cas..

– Je n’y manquerai pas ! affirma Sébastien. ‘

Puis il salua les parents et monta dans sa voiture. Marie le regarda

partir et lui fit un signe de la main : elle agitait le petit mouchoir aux

quatre coins brodés.

Le lendemain, durant toute la matinée, Marie conserva son cartable tout contre elle.

Au moment où il entrait dans sa cuisine pour déjeuner, Sébastien découvrit, posé en évidence sur la table, un paquet assez long, soigneusement emballé dans du papier journal.

Comme il s’en doutait, il s’agissait du martinet de Marie, un engin vénérable au manche de bois un peu encrassé, aux lanières épaisses, rendues luisantes par l’usage.

Pendant la classe de l’après-midi, il put se rendre compte que sa jeune protégée était excessivement distraite. Par moments, elle semblait égarée dans de lointaines rêveries. Parfois, elle le regardait avec une langueur sensuelle, lourde d’invitations encore informulées.

Selon toute évidence, Marie aurait bien voulu savoir s’il avait trouvé le curieux cadeau qu’elle lui avait apporté, et s’il en était satisfait. Mais il la laissa dans l’incertitude tout l’après-midi.

À la fin de la classe, il pria Madeleine Bocard de l’attendre un moment et emmena Marie chez lui.

– Je vais m’absenter pendant une demi-heure, ou un peu plus, lui déclara-t-il. Comme je ne veux pas que tu perdes de temps et comme, d’autre part, je t’ai promis un châtiment exemplaire pour commencer ta leçon, tu vas m’apprendre cette page de vocabulaire… Mais approche, d’abord.

Il avait reposé le livre ouvert sur la table, auprès du martinet grossièrement replacé dans son emballage.

Marie, maintenant, semblait bien moins fière que la veille, lorsqu’elle avait reconnu elle-même que sa mauvaise conduite méritait d’être sévèrement punie. Elle dansait d’un pied sur l’autre, puis, quand il le lui demanda, s’avança vers lui à petits pas timides.

– Tourne-toi !

La gamine obéit, apeurée.

Alors, non sans quelqu’emphase, Sébastien releva la jupe de Marie, puis entreprit de la rouler partiellement autour de la ceinture du tablier, afin qu’elle ne retombât pas et dévoilât ainsi toute la longueur des cuisses charnues, et l’ampleur potelée du croupion.

– Avance !… Va dans le bureau !

L’appartement de Sébastien, attenant à la salle de classe, était des plus modestes. Comme dans la plupart de ces constructions, la cuisine demeurait la pièce principale, la plus vaste et la mieux éclairée. Le bureau, ainsi que l’appelait Sébastien, était tout ce qui restait d’une salle à manger déjà exiguë à l’origine, après qu’elle eût été rétrécie pour installer une petite salle d’eau.

Après avoir formellement interdit à la mère Gabion d’y pénétrer, Sébastien y avait entassé ses livres, dans un désordre rarement atteint.

N’osant protester ni se retourner, Marie marcha doucement dans la direction indiquée. Elle pouvait presque sentir physiquement le poids du regard magistral sur son dos et, plus précisément, sur ses cuisses nues et son postérieur.

-Mets-toi à genoux, ici

Il lui désigna une table basse devant laquelle la jeune écolière dut s’agenouiller. Puis il effectua un tour complet autour de Marie avant de s’arrêter juste derrière elle.

– C’est bien, reconnut-il en admirant son œuvre. Et maintenant, tu vas descendre ta culotte sur tes jambes…

Les hésitations de la gamine, ses trémoussements, la lenteur qu’elle mit à exécuter cet ordre humiliant furent un véritable délice pour l’instituteur.

Il n’avait encore jamais eu l’occasion d’admirer les parties arrières de son élève dans leur majestueuse nudité. Il avait vu une fesse, l’autre jour, lorsqu’il l’avait fessée, mais une fesse toute seule, n’est-ce pas que le prolongement de la cuisse ?

Il avait aussi déjà glissé ses doigts à l’intérieur de la culotte, pour retenir celle-ci, et jusque dans la raie. Pourtant, s’il avait pu apprécier la douceur satinée de la peau, il s’était alors interdit de la parcourir, d’en évaluer les contours et la profondeur.

Pendant deux minutes, à l’instant, il avait contemplé à loisir cette mappemonde gonflée et insolente qui déformait harmonieusement les côtes de la culotte de coton…

Aucun de ces plaisirs, aussi troublants et intenses qu’ils eussent pu être, ne pouvait être comparé à cette ultime dévoilement du postérieur grassouillet.

Par exemple, Sébastien ne se serait jamais douté que la vallée intime qui séparait de haut en bas les hémisphères rosés, allait se révéler si moelleusement évasée et profonde, ni si mystérieuse puisque, malgré la cambrure nerveuse des reins de Marie, il ne réussissait même pas à deviner le lit de la rivière, sa teinte plus foncée, son secret tourbillon.

Il resta ainsi plusieurs minutes, silencieux, ébloui par tant de merveilles. Marie restait immobile, les bras le long du corps, les joues en feu et sa tête brune légèrement baissée.

Sébastien dut faire un effort pour revenir à la réalité. Il alla tout d’abord rechercher le manuel d’anglais, laissé dans la cuisine. En revenant, il ne put s’empêcher de s’arrêter, béat, durant une seconde, sur le seuil du bureau, devant le spectacle de la jeune fille à genoux.

Bon ! s’écria-t-il enfin en posant le livre sur la table basse. Tu vas apprendre cette page pendant mon absence… Ta position et ta tenue te rappelleront ce qui t’attend à mon retour… Bien évidemment, je ne fermerai pas la porte à clef : personne ne risque de venir ici et, d’autre part, si tu voulais t’enfuir, tu pourrais toujours partir par la fenêtre. Mais je compte sur ta loyauté pour rester, et sans rien modifier à ton installation…

Le menton sur la poitrine, Marie, écarlate, n’osait lever les yeux.

– Regarde-moi et répond, exigea Sébastien. Je veux t’entendre dire que tu seras docile…

Comme si ce mouvement lui demandait une énergie surhumaine, la gamine releva très lentement la tête, puis les yeux, ce qui entraîna sur ses joues rebondies un surcroît de rougeur.

– Je vous attendrai sans bouger, Monsieur Sébastien, je vous le promets…

En guise d’encouragement, le maître d’école se pencha sur elle et lui baisa le front avant de disparaître.

Sébastien rejoignit Madeleine Bocard et la ramena en voiture chez ses parents. Au long du chemin, il lui expliqua son intention de lui donner des leçons particulières.

Madeleine portait court ses cheveux châtains. Elle était un peu maigrichonne, surtout lorsqu’on la comparait avec Marie. Elle semblait également plus délurée que la fille des Guerchamp.

C’est ainsi qu’en montant dans la voiture, elle s’arrangea pour retrousser largement sa robe sur ses cuisses soyeuses, et, une fois assise, elle ne se pressa pas de la rabaisser. De même, en chemin, elle fit tout son possible pour que son genou se trouvât tout près du levier de changement de vitesses, particulièrement aux approches des virages.

Déjà fort excité par le spectacle qu’il avait exigé de Marie, et encore plus troublé à l’idée du châtiment qu’il allait lui infliger à son retour, et des voluptueuses circonstances qui ne manqueraient pas d’accompagner cette cérémonie, Sébastien eut beaucoup de mal à se contenir devant les provocations délibérées de Madeleine.

Deux ou trois fois, durant un bref instant, il se fit même la réflexion qu’il était bien stupide de ne pas profiter de la situation : il n’avait qu’un seul mot à dire et cette vicieuse adolescente s’étendrait sur le dos, jambes écartées, devant lui, n’importe où… Parce que, dans cette campagne désertée, il était le notable, ” Môssieu l’Instituteur “, celui qui corrigeait le courrier de Gaston, le maire de Saint-Bayafe… Mais aussitôt que cette perspective lui traversait l’esprit, il l’excluait immédiatement, avec colère.

La seule raison de cette colère était que Madeleine Bocard lui rappelait Sylvie… Les grandes vacances dernières, il y avait moins de six semaines…

Ils étaient tombés dans les bras l’un de l’autre. Elle avait reconnu que sa conduite avait été ignoble, lorsqu’elle s’était enfuie avec ce type, juste avant la date prévue pour leur mariage. Elle avait paru si sincère, et il était encore tellement amoureux d’elle, malgré sa rancœur, qu’il lui avait pardonné aussitôt.

Pendant quatre jours, ils ne s’étaient consacrés qu’à eux-mêmes, à leurs plaisirs. Pendant quatre jours, ils avaient fait l’amour, ne s’interrompant que pour de romantiques promenades au crépuscule ou à l’aurore, et pour dormir aussi, parfois.

C’était peut-être la lassitude qui les avait saisis le cinquième jour. Sylvie avait suggéré une promenade de quelques jours à campagne.

– Mais tu détestes la campagne…

– Avec toi, mon chéri, j’irai au bout du monde !

Ils étaient descendus à l’Hôtel des Voyageurs : confort moderne, eau à tous les étages. À l’Auberge du Gué, l’inscription peinte ” On peut apporter son manger ” avait été partiellement recouverte par une plaque d’émail : ” Guiness is good for you”.

Ils y avaient rencontré un artiste — peintre ou sculpteur, Sébastien ne se rappelait plus — qui s’était extasié devant la beauté de Sylvie et lui.. avait aussitôt demandé de servir de modèle pour une série d’esquisses destinées à l’exposition qu’il donnerait à New-York l’an prochain.

Elle n’avait même pas terminé sa truite meunière.

Sébastien l’avait regardée partir sans dire un mot.

Il avait fini son repas et la truite de Sylvie, puis avait quitté le village le soir-même.

Elle était revenue chez lui dix jours plus tard pour lui faire une scène.

Tu aurais pu me prévenir ! J’ai été obligée d’emprunter de l’argent à Alex, et il me l’a fait payer cher, ce salaud !

– Ce qui veut dire ?

Ce qui veut dire qu’il a exigé de moi des choses ignobles. Tu veux que je te les raconte ? C’est croustillant, tu sais ! Tu es aussi salaud que lui. Ça pourrait te plaire…

II n’avait pas voulu savoir.

– Il te l’a demandé et tu l’as fait et tu as eu l’argent pour revenir. Si tu ne m’avais pas quitté, tu n’aurais pas eu ce problème. Ou bien, en dernier recours, tu aurais pu chercher à me joindre : j’aurais peut-être été assez stupide pour retourner te chercher ! Seulement, il aurait fallu que tu reconnaisses tes torts, alors tu as préféré te conduire comme une putain…

Elle avait essayé de le gifler, mais il avait été plus rapide : il lui avait asséné deux claques violentes avant qu’elle ne s’écroulât sur le sol.

– Excuse-moi, mon chéri. Je te promets que je ne recommencerai plus, je ferai ce que tu voudras…

La garce ! une vraie chienne ! Toujours prête à se vendre au plus offrant, ou au plus fort, toujours prête à abdiquer !

Sébastien s’était montré inflexible, et elle était partie en pleurant. Il s’attendait à quelque ultime malédiction. ” Tu ne me reverras jamais ! ” ou bien au chantage : ” Tu auras ma mort sur la conscience… ” Mais non, elle était partie humblement, sans chercher aucun subterfuge.

– J’ai peut-être des torts, mais ne m’en veux pas. Je t’aime, c’est vrai, je t’aimerai toujours, même si j’ai parfois des faiblesses… Tu m’en veux aujourd’hui, mais réfléchis et appelle-moi lorsque tu seras prêt. Tu verras, je viendrai aussitôt, je saurai te prouver ma bonne foi, j’accourrai…

Elle avait des ” faiblesses “, elle ” accourrait ” ! Ces deux expressions étaient restées gravées dans l’esprit de Sébastien : elle accourrait comme

une chienne, si elle n’avait pas de faiblesses pour quelqu’un d’autre dans l’intervalle !

Du moins était-ce ce qu’il avait pensé jusqu’à cet instant, et il l’avait pensé encore devant les tentatives de séduction de Madeleine Bocard. Mais au fur et à mesure qu’il se remémorait la dernière rencontre avec son infidèle fiancée, il se rendait compte que son point de vue s’était modifié.

Marie lui avait rendu le goût de la gent féminine. Bien sûr, la petite paysanne faisait preuve d’une modestie naturelle alors que Sylvie était vaniteuse et calculatrice… Sébastien n’avait pas cru à ses derniers mots, jusqu’à cet instant. Et pourtant : si elle était sincère ? C’était facile à vérifier : il n’avait qu’à lui écrire. Si elle n’accourait pas, il l’oublierait, et si elle accourait, eh bien, il saurait aviser…,

” Les maris anglais sont aussi jaloux que les maris français, mais ils savent punir leurs femmes comme il convient, si jamais elles se montrent infidèles… “

Sébastien l’avait dit hier soir à Marie Guerchamp !

En arrivant chez les Bocard, il se sentait soulagé par cette décision qu’il venait de prendre parce que Madeleine avait retroussé complaisamment sa robe de coton sur ses cuisses rondes et nues…

Tout comme les Guerchamp, leurs ennemis intimes, les Bocard se montrèrent extrêmement flattés de l’attention de Sébastien à l’égard de leur progéniture.

– Monsieur l’instituteur pense que nous ne sommes que deux à mériter cela…

Et, après avoir ainsi mis en éveil la curiosité de ses parents, Madeleine se tut pour mieux préparer sa surprise.

Il fallut que sa mère la félicita et lui demandât, avec une feinte insouciance, qui était l’autre heureux élu pour qu’elle daignât répondre.

– Non… ce n’est pas un garçon… C’est Marie Guerchamp… Tu sais bien, cette grosse brune qui est toujours si mal habillée, à la messe…

Un vent glacial traversa la pièce. D’un point de vue purement stratégique, Sébastien n’aurait pu mieux agir : s’il devait être un jour soupçonné d’avoir commis des horreurs, quelles qu’elles puissent être, avec l’une des deux écolières, à condition qu’aucune preuve formelle ne puisse être fournie, les parents concernés ne croiraient pas que cela ait pu avoir eu lieu avec leur fille à eux, car seule la fille des autres serait capable de se laisser faire…

Quant aux autres paysans de la région, que cette querelle agaçait fortement, il était presque certain qu’ils prendraient sa défense contre les familles rivales.

Le seul risque eût été que les parents de Madeleine jugeassent leur fille trop intelligente pour avoir besoin de leçons, mais il n’en fut rien : ils acceptèrent l’offre avec bonheur et reconnaissance. Le prestige de Monsieur Sébastien demeurait intact. Il ne lui restait plus qu’une dernière carte à jouer et il serait totalement libre d’agir à sa guise envers Marie Guerchamp.

 

 

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